La fiction comme reflet de la réalité
III)- Entre expressionnisme et réalisme : la forme au service d'un disours.
a)- Le réalisme.
M le Maudit est un excellent exemple de fiction qui reflète la réalité sociale. En effet, ce film s'appuie sur des faits ayant véritablement existé. D'ailleurs, Fritz Lang expliqua un jour «Tout ce que j’ai fait vient des journaux et de mes conversations avec des gens de la police, avec des meurtriers et des psychiatres».
Fritz Lang utilise donc dans son film le réalisme afin de parvenir à imiter la réalité. Le réalisme est un mouvement artistique du XIXe s., qui privilégie la représentation exacte, tels qu'ils sont, de la nature, des hommes, de la société. On peut ajouter que le mouvement réaliste ne cherche pas uniquement à décrire. Il y a également une volonté d'analyse.
Certes, la ville de Berlin est reconstituée dans des studios. Mais l'objectif du réalisateur est d'avoir le décor le plus réaliste possible pour y placer son récit, comme pour reconstituer l'environnement des faits réels comme dans la maquette de la reconstitution policière.
Il faut savoir que l'intrigue de ce film est inspirée de vraies affaires criminelles. Fritz Lang s'est, notamment, particulièrement documenté sur le « le vampire de Düsseldorf ». Sur le plan technique, le réalisateur accorde une très grande importance aux sons et aux images. M le Maudit a été produit en studio mais Fritz Lang a choisi d'utiliser une technique de prise de son direct afin de produire des bruits authentiques. Le montage du son, lui, n'est pas réaliste. L'oeuvre est ponctuée de silences. Il y a également des sons accentués qui résonnent comme autant de messages. C'est le cas du klaxon qui alerte le public. C'est le son et non l'image qui trahit le meurtrier.
Cette façon d'accentuer le discours laisse entendre que l'oeuvre relève également de ….
b)- L'expressionnisme.
Nous pouvons dire que M le Maudit est un film expressioniste. En effet, l’expressionisme est un mouvement artistique apparu au début du XXème siècle en Europe du Nord, particulièrement en Allemagne. De plus, l’expressionisme a touché de multiples domaines artistiques comme par exemple, la peinture, l’architecture, la littérature, le théâtre ou encore le cinéma. Celui-ci fut condamné ensuite par le régime nazi qui le considérait comme un “art dégénéré”. Les réalisateurs allemands, comme Fritz Lang, utilisent le symbolisme, la mise en scène pour créer une atmosphère et donner une profondeur expressive aux films, à cause du manque de moyens à cet époque. Lang voulait créer un espace dramatisé dans lequel rien n'est laissé au hasard. Par exemple, les figures du cercle et du cadre apparaissent à plusieurs reprises dans le film, cernant la tête du meurtrier. Fritz Lang utilise ces détails expressionnistes pour souligner une idée, un symbole, une métaphore. Nous pouvons le constater lorsqu’ il joue avec l’expression du visage du meurtier (Hans Beckert). Ce dernier a un physique enfantin lorsqu’il se regarde dans le miroir puis il se métamorphose en un visage grimaçant et même effrayant. Or a plusieurs reprises dans le film son visage se retrouve encadré cerné, comme piégé ou garotté .

Nous pouvons voir que les lettres, également, jouent un rôle très important dans ce film. En effet, l’écriture est la trace révélatrice et donc c’est avec celle-ci que nous avons pu savoir qui était le meurtrier, non seulement celle que le brigand a écrit à l’aide d’une craie mais aussi lorsque Hans écrit au journal avec son crayon rouge.

De même, lorsque Beckert, le fameux meurtrier, fait son apparition: cela se déroule sans paroles, ni musiques pour donner la sensation de mystère. En effet, lors de sa toute première apparition, nous voyons son ombre sur la colonne, nous rappelant des films expressionistes des années 1920, cela peut nous montrer le caractère insaisissable de celui-ci. Ces effets d'ombre sur le décors font penser au film de Murnau, Le Cabinet du Docteur Caligari-1920.

Il suffit ensuite d'une simple image de sa main ou de son ombre pour que l'angoisse soit installée.
Par ailleurs, la voix est également une partie dramatique du film. Son timbre aigu et nasillard contraste avec l'horreur des actes commis.
C'est l'instrument d'une démonstration. Hans Beckert apparaît comme le jouet de pulsions qui le dépassent.
c)- La question de la justice.
Dans cette oeuvre cinématographique de Fritz Lang, la question de la justice est au centre des débats. Nous voyons par exemple dans la séquence finale de M le Maudit un procès Mais celui-ci n'est pas un jugement comme les autres. En effet, ce n'est pas la justice officielle qui mène le débat contradictoire mais le petit peuple et les truands. A la tête de ce tribunal improvisé, nous retrouvons le chef de la pègre Schranker dont nous avons déjà parlé. De plus, nous pouvons rappeler que dans le film, la pègre, gênée par les opérations de police destinées à retrouver le criminel, decide de mener sa propre enquête clandestinement. C'est pour cela que durant la séquence finale, c'est elle qui juge car contrairement aux policiers, elle a réussi à attraper M.
Cette séquence suscite une réflexion sur plusieurs notions liées les unes aux autres : la culpabilité , la responsabilité, la légitimité et la sanction.
Nous pouvons voir ici que la pègre et l'Etat sont mis sur un pied d'égalité. Face à l'incapacité des forces de l'ordre à trouver l'assassin, le bas peuple se donne la légitimité de juger. On peut y voir une référence aux critiques faites au gouvernement de la République de Weimar.
La mise en confrontation de Schranker et de Beckert pose la question de la culpabilité et de la responsabilité. En effet, le chef des brigands n'est pas forcément la personne idéale pour exiger la peine de mort, lui qui, froidement, de façon délibérée, a assassiné trois personnes alors que, M peut apparaître comme la victime de ses pulsions maladives.
Au delà de cela, à travers ce jury populaire massé derrière son juge de circonstance, Fritz Lang nous montre un peuple prêt à suivre l'homme, le tribun qui le rassure : Shranker dans le film, Hitler dans l'Allemagne des années 30.